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Samedi 27 octobre 2007 6 27 10 2007 15:32




J'ai reçu une invitation au voyage. Recife, vos connaissez ? C'est une ville du Nordeste brésilien, d'accord. C'est aussi beaucoup plus que ça : « A Paris, à Bangkok, à New York, à Pékin, à Bombay, à Boston… », des milliers de villes, de paysages, dans des dizaines de pays. Voilà l'effet que font les deux albums des aquitains de Recife, New Ams et Microwave. La musique de Recife, encore plus que ses textes, nous prouve la puissance du rêve, nous montre à quel point nous sommes des animaux faits pour rêver. Recife raconte les choses de la vie, mais dans un environnement qui ne nous est pas familier, dont l'atmosphère nous enveloppe, nous dévore, nous habite. On marche dans la nuit parisienne, Fitz Roy aux oreilles, et d'un seul coup, on quitte le sol. On entend des grillons aux lisières d'une forêt ; on ouvre les yeux, le corps en apesanteur au fond d'un lagon, au milieu des poissons. C'est une belle expérience à vivre. Une autre notion forte liée au voyage, c'est le métissage. Recife nous offre justement de la musique métisse. Une musique qui explore toutes les nuances du rock avec des rythmes très pop anglo-saxonne dans New Ams et avec l'inconnu de The name, ou plus folk américain comme The good man. Les sons de Recife ne sont pas simplement rock. Avec la mélodie ronde comme des bulles d'Echoes ou bien avec les aurores boréales qu'on entend chanter, la tête dans le ciel à l'écoute de Mars on my way, on a quitté le rock pour l'électro, on navigue dans la French Touch. Si on entrait dans des détails plus subtiles, on pourrait même reconnaître les percussions du Brésil dans l'intro électro d'On the roof ou des accords de guitare psychédéliques sur Sao Paulo, ceux qui font exploser le désir pour l'autre. C'est un vrai bonheur de voyage de cette manière, avec les yeux et avec les oreilles. Recife entreprend en plus de faire une expérience à chaque album : si New Ams marie avec tant de succès électro et rock pur et dur, les cinq titres de Microwave sont une autre tentative de métissage, celle de la chanson française et de la French Touch. Touché, c'est sûr, en plein dans le mille, c'est jubilatoire. Avec le titre éponyme Microwave, la guitare matérialise les micro-ondes comme autant de fils d'araignée qui se tissent dans notre espace, tout autour de nous. Recife sont-ils des héritiers de Air ? Pas uniquement. Dans la voix douce et nonchalante d'Où est la fille ?, qui nous fait marcher inlassablement dans les rues, on entend ces ovnis, solitaires et inclassables, de la chanson française née dans les années 80, comme Louis Chedid ou Etienne Daho. Recife est aussi sensible aux sonorités de la langue, ce qui est appréciable dans une chanson qui aujourd'hui se revendique française sans jamais exploiter les richesses de la langue. On saisit un clin d'oeil aux sables émouvants de l'ami Gainsbourg dans Le fleuve, on fredonne la petite comptine polissonne en « u » et « n » de Nuit Cajune… « Encore une fille, encore une, à demie nue sur l'avenue ». Et toujours, on visite, les yeux grands ouverts, des lieux qui nous dépaysent, on fait l'expérience du monde : on suit des méandres tranquilles dans le lit du Fleuve, dont le ressac paresseux explose dans le jeu de guitare au contact de l'océan. On nage à l'infini au milieu des vagues dans l'Interstice. Ça fait beaucoup de bien de retrouver dans de l'électro-rock le voyage et les grands espaces, qu'on croyait bannis de ce style de musique. Quand on écoute Recife, on prend le large et on rêve en entendant le poète : « Mon enfant, ma soeur, songe à la douceur d'aller là-bas vivre ensemble… ».


Fluffy


I have been invited to travel. Do you know Recife? It's a town in the middle of the Brazilian Nordeste, that's for sure. But it is not merely that: « A Paris, à Bangkok, à New York, à Pékin, à Bombay, à Boston… ». You visit thousands of cities, landscapes, in so many countries. This the feeling you can experiment with Recife's two albums, New Ams et Microwave. The music of the band, even more than the lyrics, shows us the power of dreams, illustrates to what extend we are animals made and meant for dreaming. Recife tells us what happens in life, but within an unfamiliar environment, whose atmosphere shrouds us, swallows us, sweeps into our bodies and souls. I walk in Paris' night, listening to Fitz Roy and all of a sudden, I leave the ground. I hear crickets on the borders of a green, green forest; I open my eyes among exotic fishes, feeling my body floating in the water of a deep lagoon. This is a wonderful experience to live. Another idea closely linked to travels is mixing: mixed origins, mixed cultures… Recife creates indeed mixed music. It explores all the shades of rock n'roll, from British pop rhythms with New Ams and the foreigner of The name to American folk in The good man. But Recife's sound is not only rock. Into the round, fleshy tune of Echoes, in the aurora borealis we hear singing, head turned to the sky, in Mars on my way, we have definitely left rock for electro: we are swimming in the French Touch. If we wanted to be a little more subtle, we would recognise Brazilian drums in the first notes of On the roof and psychedelic guitar chords on Sao Paulo when the desire for the other is bursting out. This is a real pleasure to travel like that, through ears and eyes. Besides, Recife tries different experiences on each album: while New Ams matches so perfectly well electro and pure rock, the five songs of Microwave are another mixing attempt: French Touch with classic "chanson française". Touché! Bang on the target, this is exhilarating. With the main title Microwave, guitar is playing the micro-waves, like threads of a big web spinned by spiders in the air, surrounding us. Are Recife the children of Air French Band? Yes, but not only. In the soft and still voice of Où est la fille ?, this voice that makes us walk in the streets endlessly, we hear those unconventional dandies, lonely and original, of the "chanson française" born in the 80s, like Louis Chedid or Etienne Daho. Recife is also very sensitive to the music of French language: it is more than precious today, since this "chanson" who claims aloud to be culturally French uses more and more seldom the language's subtleties. We think to have caught a reference to Serge Gainsbourg's play on word with sables émouvants, moving sands (for sables mouvants, quicksands) in Le fleuve. We are humming Nuit Cajune's naughty little nursery rhyme playing on « u » and « n » sounds: "Encore une fille, encore une, à demie nue sur l'avenue". With eyes wide open, we keep visiting places that give us a feeling of strangeness, we experiment the world. We follow the river's still meanders walking in the bed of the Fleuve, whose lazy flow bursts through the guitar chord when meeting the ocean. Taking no rest, we swim in the middle of the sea, diving in the waves in the Interstice. It is so great a feeling to find again travels, foreign cultures and huge landscapes in electro-rock music, as we thought they were a theme definitely given up by this style of music. When we listen to Recife, we sail abroad and we have dreams hearing the poet say: "Mon enfant, ma soeur, songe à la douceur d'aller là-bas vivre ensemble".


Fluffy
Par Fluffy - Publié dans : pastallconcerns
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